La tradition textile de la Somme et de l’Amiénois fait partie du patrimoine artisanal et industriel de Picardie. Pendant des siècles, une production végétale et un savoir-faire permirent la production d’un bleu particulier : le « BLEU dit d’Amiens » qui fit la richesse de la ville mais aussi de Corbie et de Nesles, au XIIème, mais surtout au XIIIème siècle. « Les waidiers » sont en partie à l’origine du financement d’une partie des travaux de construction de la cathédrale Notre Dame d’Amiens.

La production, dont le premier débouché était le royaume d’Angleterre, a disparu de la région surtout à la suite de la guerre de cent ans pour se concentrer dans le sud-ouest de la France : les navires anglais pouvaient y accoster ce qui n’était plus le cas dans notre région. Mais malheureusement, la production a totalement été supplantée par celle de l’indigo en provenance des Indes puis par les teintures synthétiques.

Ainsi, la production de waide avait totalement disparu dans notre région. Il n’existait plus de pieds que dans quelques rares jardins botaniques ou dans des zones naturelles. C’est ainsi que quelques graines ont pu être retrouvées, notamment à proximité de l’ancienne citadelle d’Amiens.


La revalorisation de la WAIDE

Tout commence par l’intérêt marqué par un agriculteur exploitant dans la Somme (région Picardie), Jean-François Mortier, pour cette plante quasi-disparue qui fit la richesse de notre région et dont plus personne ne se souciait.

Jean-François Mortier, à Méharicourt, dont les ancêtres étaient dans le textile s’est passionné pour l’histoire du « BLEU d’Amiens » et par conséquent pour la WAIDE. Agriculteur pendant 35 ans en plein cœur du santerre, Jean-François Mortier a toujours cherché depuis son installation des méthodes d’agriculture plus respectueuses de l’environnement. Dans les années 1977-1980, il a également mené une expérience d’agriculture biologique, qui malheureusement ne lui permettait pas de vivre mais qui l’a rendue plus sensible à la santé des hommes, des animaux et du sol qui nous nourrit.

Ainsi, Jean-François Mortier, avec quelques graines au départ, a commencé à tester la culture de la waide dès 1995. Afin de partager cette passion et aussi pour investiguer ensemble, il a rapidement drainé autour de lui quelques agriculteurs qui se sont pris d’intérêt pour cette nouvelle culture.
Au départ, la culture et la récolte étaient entièrement manuelles. Ce fût donc un démarrage extrêmement lent puisqu’il a fallu plusieurs récoltes pour obtenir un stock de graines suffisant.

Au fur et à mesure de ses recherches et de ses rencontres, il s’est forgé de solides connaissances. Il a tissé un réseau de relations avec divers spécialistes, tant français qu’européens auprès desquels il a acquis de nombreuses compétences.

  

Il s’est notamment formé auprès de Michel Garcia, passionné de plantes et fondateur du Jardin conservatoire des plantes tinctoriales de Lauris (84). Il a notamment réalisé un inventaire des principales plantes colorantes et des procédés de teinture végétale à caractère écologique. Il est aujourd’hui fabricant de couleurs végétales dans le Vaucluse et parcourt annuellement le monde pour accompagner des projets dans le cadre des couleurs végétales.

La première extraction de pigment BLEU à Méharicourt eut lieu en 1999.


La WAIDE : une culture sur laquelle il n’existe pas de référence

Isatis tinctoria fait partie de la famille des crucifères. Elle fit la richesse de la Picardie puis du triangle Toulouse – Carcassonne – Albi. Le semis des graines se fait en fin d’hiver et on peut récolter les premières feuilles en juin. Voici en résumé la quasi-totalité des informations culturales dont disposait Jean-François Mortier lorsqu’il fit les premiers essais de remise en culture, c’est-à-dire pas grand-chose … Il existe de nombreux textes qui évoquent l’extraction des feuilles mais aucun sur la culture.


L’entreprise se tourne alors vers le tourisme

En 2004, suite au congrès de la teinture végétale, Jean-François Mortier développe avec l’aide de sa femme Anne Mortier, un projet d’accueil touristique à la ferme, bien sûr autour de la WAIDE. Ils vont ainsi créer un jardin de plantes tinctoriales et plantes médicinales.

Ils vont ensuite mettre en place une exposition historique et culturelle sur la WAIDE. Ce qui va leur permettre de créer un réel pôle touristique sur place à la ferme et l’accueil notamment de groupes (scolaires par exemple ou bien des adultes).

A partir de 2005, ouvre le magasin « L’Atelier des Couleurs », qui sera le fruit de leur collaboration : on y trouve des créations manuelles, teintes artisanalement sur place avec le pigment « BLEU d’Amiens ».