Le monde de la couleur

« La couleur est par excellence la partie de l’art qui détient le don magique. Alors que le sujet, la forme, la ligne s’adressent d’abord à la pensée, la couleur n’a aucun sens pour l’intelligence, mais elle a tous les pouvoirs sur la sensibilité. » Eugène DELACROIX

Magiques sont les couleurs chatoyantes des plantes : le rose orangé du carthame, les ors du solidage et de la gaude, le rouge de la garance, le jaune orangé du cosmos, le gris argenté des feuilles d’absinthe et de cardon, les fleurs bleues de lin et de bourrache, le pourpre de l’arroche, de l’amaranthe, de certains basilics, les rouges puissants des bettes à carde rouges …
Magique est le nuancier du coloriste aux mille couleurs où chacun peut trouver la teinte qui traduira le mieux ses émotions …

La couleur, qu’est-ce que c’est ?

La couleur est la perception subjective qu’a l’œil d’une ou plusieurs fréquences d’ondes lumineuses, la perception de la couleur n’est possible que par la présence de lumière.


On distingue :
Les couleurs pigmentaires, dites chimiques, car produites par la présence dans la matière de colorants ou de pigments (qui absorbent une partie de la lumière blanche et ne réfractent que certaines longueurs d’ondes)
Les couleurs structurelles, dites physiques, provoquées par des phénomènes d’interférence liés à la structure microscopique de l’objet qui diffracte la lumière reçue. Les couleurs pigmentaires sont généralement instables, tandis que les couleurs structurelles sont pérennes et iridescentes.
Source : article extrait de Wikipédia, portail de la couleur.

Si nous percevons la couleur des objets, c’est parce qu’ils ont la capacité d’absorber certains traits lumineux. Nous percevons les parties du spectre lumineux qu’ils n’absorbent pas : ainsi une fleur jaune est vue jaune parce qu’elle n’absorbe pas le jaune.

Ici, nous parlons des couleurs pigmentaires ou chimiques qui contiennent des colorants tels que les caroténoïdes, les quinones, les flavonoïdes, l’indigo et les tanins.

Aujourd’hui, ces colorants sont fabriqués en usine par la chimie de synthèse, ce qui veut dire sans limite dans le nombre, sans enjeu économique, sans prérogative de l’un sur l’ autre, si ce n’est le phénomènes des modes. Mais cette réalité est assez récente (fin du XIXème siècle) et depuis longtemps déjà l’homme a su utiliser les ressources de la nature pour agrémenter son environnement, décorer son habitat, donner libre cours à sa créativité artistique, tisser et imprimer des tissus colorés … car ces mêmes colorants existent à l’état naturel dans beaucoup de plantes.


L’étude des couleurs nous apporte beaucoup d’informations en ethnologie et nous ouvre sur le monde car suivant les civilisations, les couleurs on été diversement utilisées. Dès le néolithique, les hommes ont découvert des matières naturelles comme les minéraux et les végétaux qui leur ont permis de fabriquer des couleurs.
Au temps des hommes préhistoriques, l’univers végétal était aussi coloré qu’aujourd’hui, mais celui du quotidien (habitat, vêtements, peinture …)était naturel c’est-à-dire brun, écru, marron plus ou moins foncé suivant la couleur même des produits bruts : les matières utilisées étaient les peaux de bêtes, la toison des moutons transformés en fil pour le tissage, ou les plantes telles que le chanvre, le lin …Les peintures retrouvées dans les grottes étaient faites avec les ocres des terres trouvées sur place, ou les cendres des feux. Puis très vite, l’homme a eu envie d’autre chose ou a voulu reproduire des phénomènes aléatoires comme les tâches … pour enrichir son cadre de vie. On peut d’ailleurs se poser la question de pourquoi de cette recherche non indispensable à la survie. A côté des besoins primaires résolus par l’agriculture ou l’élevage, la défense de son territoire qui a entrainé la fabrication d’outils et d’armes, cette curiosité pour les couleurs a permis l’embellissement du quotidien, serait-ce déjà le premier luxe ?

L’historien Michel Pastoureau nous parle de chacune d’elles avec beaucoup de talent dans les nombreux livres qu’il a consacrés aux couleurs :

Le petit livre des couleurs – Editions Points
Bleu : Histoire d’une couleur – Edition Points
Le petit livre des couleurs – Edition Points
Les couleurs de notre temps – Edition Bonneton
Les couleurs de nos souvenirs – Edition Seuil

Voici ce qu’il dit sur la couleur BLEUE, la couleur produite par la waide :
« Comme il est docile, comme il est discipliné ! Le BLEU est une couleur bien sage, qui se fond dans le paysage, et ne veut pas se faire remarquer. Est-ce pour ce caractère si consensuel qu’il est devenu la star, la couleur préférée des Européens et des Français ? Longtemps, il était resté au second plan, dédaigné, voire méprisé dans l’Antiquité. Puis en habile courtisan, il a su s’imposer, doucement, sans heurter … Le voilà désormais canonisé , plébiscité, officialisé. Devenu en Occident, garant des conformismes, il règne sur les jeans et les chemises. On lui a même confié l’Europe et l’ONU, c’est dire s’il nous plaît ! Ce timoré a encore bien des ressources et des secrets … »

Dans le monde des couleurs végétales, le BLEU a une place à part car ses méthodes d’extraction sont particulières. En effet, dans la plante, on ne trouve pas le colorant bleu mais une potentialité à le faire apparaître, pour cela, on met les feuilles fraîches dans une cuve remplie d’eau chaude, on les retire et on augmente le pH de la solution, ce qui donne un précipité qui pourra servir pour monter une cuve de teinture avec le pigment et permettre la teinture des objets.

Aujourd’hui, le BLEU est une couleur presque banale, très consensuelle, facile à marier avec d’autres couleurs aussi bien dans l’ameublement que dans l’habillement. Mais il n’en a pas toujours été ainsi car il fallait percer le mystère de la « belle bleue ».
D’autres plantes tinctoriales comme la gaude pour le jaune ou la garance pour le rouge sont immédiates dans leur utilisation et dans l’histoire de la couleur ont été utilisés très tôt. Evidemment on ne sait pas très bien comment s’est généralisé l’usage des couleurs que ce soit pour la peinture ou la teinture.

Les mots et les couleurs

L’importance des couleurs se retrouvent dans notre langage de tous les jours, combien d’expressions liées aux couleurs sont employées pour qualifier des situations de la vie courante :
rire jaune, blanc comme un linge, rouge de colère, un blanc bec, des idées noires, voir la vie en rose, du gros rouge, donner le feu vert, être dans le rouge, être gris, un examen blanc, la fièvre jaune, le fil rouge, la planète rouge, le billet vert, une voix blanche, de l’humour noir, un chèque en blanc, du rouge à lèvres, être vert de rage, avoir la main verte, être rouge de honte, voir rouge, un cordon bleu, avoir une peur bleue, l’or noir, travailler au noir, broyer du noir, être blanc comme un linge, être blanc comme un linge, être blanc comme neige, de but en blanc …

Le BLEU aussi est présent pour exprimer beaucoup de situations :
être un cordon bleu, avoir une peur bleue, être de sang bleu, fleur bleue, se donner des airs de bas-bleu, avoir le blues, la ligne bleue des Vosges, la planète bleue, les caques bleus, avoir du bleu à l’âme, les hommes bleus, morbleu, sacre-bleu, parbleu, n’y voir que du bleu, les cols bleus on écouter France Bleu, stationner en zone bleue, un coin de ciel bleu,la maladie bleue, avoir le sang bleu, avoir les bleus, un col bleu, une colère bleue, un conte bleu, détenir le ruban bleu, donner son bleu à quelqu’un, du gros bleu, en être tout bleu, être blanc-bleu, être bleu de quelqu’un, être dans le bleu, faire le bleu, la grande bleue, l’heure bleue, l’or bleu, passer au bleu, n’y voir que du bleu, un steak bleu, un bleu …


Le BLEU vient également nous enchanter par ses nombreuses nuances :
bleu pâle, bleu clair, bleu pervenche, bleu gris, bleu marine, bleu roi, bleu outremer, bleu ardoise, bleu pétrole, bleu nuit, bleu de Prusse, bleu cobalt, bleu persan, bleu lavande, bleu azur, bleu indigo, bleu cyan, bleu saphir, bleu lapis-lazuli, bleu turquoise, bleu azur brume, bleu aigue-marine, bleu azurin, bleu barbeau, bleu bleuet, bleu céleste, bleu charrette, bleu ciel, bleu cobalt, bleu de France, bleu minuit, bleu de Prusse, bleu denim, bleu des mers du Sud, bleu dragée, bleu électrique, bleu guède, bleu horizon, bleu maya, bleu pétrole, bleu saphir, bleu canard, …
et bien sûr bleu INDIGO et bleu PASTEL.

Le poème de la Vie

Notre vie est comme un tissu qui s’élabore,
Un tissu dont je ne sais pas ce qu’il sera,
Mais qui, autour de nous, se tisse sans modèle ni dessin savant.
Dans ce tissu, je peux être un fil, un trait de couleur …
Bleu profond ? rouge éclatant ? ou bien le fil de lin gris.
Cette troisième couleur, au dire des tisserands est la plus importante.
Le gris neutre de tous les jours,
Celui qui fait chanter le bleu profond et le rouge éclatant :
Celui qui est porteur d’harmonie.
N’avoir que ma propre couleur, et de cela me réjouir,
Pour qu’elle apporte la joie et non la rivalité,
Comme si moi, bleu j’étais l’ennemi u vert.
Il y a une place pour tous.
Un fil vient à se rompre : aussitôt le travail s’arrête,
Et les mains patientes de tous les tisserands s’appliquent à le renouer
Chaque fil, même le plus lumineux, peut disparaître tissé sous les autres.
Il est cependant là, non loin, même si votre œil ne le perçoit plus …
Maintenant, c’est le tour du mien d’être lancé à travers la chaîne.
Quand son trait aura cessé d’être visible,
Alors l’harmonie apparaîtra.
Et le bonheur adviendra !

Un tisserand finlandais